Bref retour aujourd’hui sur la Triennale du design 2009 à Milan. Grand amateur du Japon, mon goût fut comblé à trois reprises dans cette antre incontournable de la semaine du design de Milan.
La Japan Design Selection 2009 me permit de découvrir un échantillon remarquable de produits japonais, parfaitement dessinés, sans fioriture, avec précision et dépouillement, pour la plupart inconnus en France. J’ai retenu pour vous un prototype de téléphone solaire, curieusement baptisé “Soup” par Hironao Tsuboi, un designer déjà repéré pour sa fameuse Faceless Watch.
L’apothéose sera atteinte avec Neoreal, une double installation réalisée par Canon.
La première partie s’intitule Hibiku et prend la forme d’un espace/écran en trois dimensions d’environ 200 mètres carrés. L’espace a été conçu par l’architecte Akihisa Hirata et le plasticien interactif Takahiro Matsuo. L’installation est totalement bluffante de magie et de vie : le spectateur se trouve immergé dans un espace aquatique serein où évoluent des méduses magnifiées, au gré des sollicitations et des déplacements des visiteurs.
Hibiku - Neoreal by Canon at Milan, 2009
La seconde partie s’intitule Oduru, plus congrue, présente une installation toute aussi interactive, conçue par les designers maison de Canon. Le principe est ici une captation vidéo du public et une restitution en temps réel, projetée sur un écran panoramique. Beaucoup plus ludique mais pas moins efficace.
Pandora, version heavy métal du buffet Henri II, par Sander Mulder
Vu a Milan cette année, une expo de Sander Mulder, jeune designer hollandais basé à Veldhoven aux Pays-Bas, dont on devrait entendre parler dans les prochaines années.
Un travail précis, rigoureux, dessiné, puissant et généreux, si, si, et plein d’humour. En témoigne “Pandora”, démonstratif buffet métallique, “Woofer”, enceinte canine, ou l’improbable mais élégante horloge “Continue Time”.
Je prends les paris, Mulder cassera bientôt la baraque, confirmant ainsi la percée remarquable du design hollandais.
Tokyo Fiber ‘09 est une exposition impressionnante présentée à la Triennale du design de Milan cette année, parrainée par l’association japonaise des fibres chimiques (JCFA), le comité technique de recherche pour l’innovation dans le domaine de la plasturgie, et placée sous le patronage du ministère japonais de l’économie, du commerce et de l’industrie, le puissant METI.
L’exposition présentait 14 matériaux aux propriétés spectaculaires, mis au point par l’industrie plastique japonaise. L’objectif du show, atteint, était de démontrer les multiples et surprenantes applications de ces nouveaux matériaux, histoire de les rendre attractifs. Une scénographie sobre mais très efficace, un accueil exemplaire (y compris en français !) et des visions scotchantes, drôles, à couper le souffle, ou définitivement futuristes, parfois cumulant ces qualificatifs. Designers, architectes et artistes furent appelés pour concevoir ces visions, comme Ross Lovegrove ou Shigeru Ban. En voici quelques exemples.
Fiber Being utilise Breathair, un matériau élastique composé à 95% d’air et à mémoire de forme. Les hypnotisants mannequins proposés par Yasuhiro Suzuki, ouvrent des pistes sur l’expression de la respiration humaine en matière de robotique.
Water Logo '09 par l'atelier Omoya et Hara Design Institute
Water Logo ‘09 utilise Monert, un tissu ultra-hydrophobe et l’atelier Omoya + Hara Design Institute le mettent en scène sur un pan incliné qui laisse apparaître et ruisseler des goûtes d’eau.
“Fukitorimushi” est un robot de nettoyage qui utilise les propriétés des nanofibres (7500 fois plus fines qu’un cheveu) pour eradiquer la moindre poussière ou particule lipidique, dans un ballet silencieux et cocasse où la créature (made by Panasonic) se meut par une reptation digne d’une bestiole sortie d’un film de Miyazaki.
Con/fiber, un béton truffé de fibres optiques
Con/fiber est une installation de Kengo Kuma qui met en scène un béton fibré, l’ESKA, mis au point par Mitsubishi et une société allemande, Luccon, spécialisée dans les bétons techniques. Sans éclairage le béton est opaque, éclairé, il devient diaphane. D’intéressants jeux de lumière avec des parois qui laisseront passer la lumière d’une habitation la nuit venue et qui éclaireront l’intérieur en journée.
Une opération séduction réussie où la poésie, l’imaginaire et la performance technique forcent le respect et suscitent l’émotion. Seul bémol dans ces louanges, et non des moindres : les qualités de recyclabilité et d’innocuité des matières mises en scène ne sont pas systématiquement démontrées. Peut-on aujourd’hui faire cette impasse ?
Le salon du meuble de Milan 2009 a été, comme chaque année, un foisonnement de créativité incroyable. C’est dans le cadre du salon off, sur la Zona Tortona, que j’ai eu la surprise de prendre la mesure d’une fièvre espagnol insoupçonnée dans la jeune création madrilène. Le design ibérique n’était jamais parvenu à susciter un engouement particulier de ma part, tout éclipsé par l’omnipotent Mariscal.
Superstudio Piu présentait à Milan Proyecto Abecedario, une sélection de jeunes designers transpyrénéens d’une fraicheur, d’une simplicité et d’un humour détonants. Dear Hunter, le trophée porte-manteau de Jorge Mañes Rubio (photo ci-dessus), renvoie ainsi la lampe Gun dessinée par Starck pour Flos au rang de l’anecdote de premier degré. Deux autres pépites au double effet kiss cool ont attiré mon attention. Donde Caben 2 caben 3 du Noviembre Estudio, une chaise double qui devient triple par le jeu du déplacement de barreaux, et Eternal, signée Maxi Romanillos, une lampe qui recycle avec pertinence les globes usagers des ampoules à incandescence dans un geste mémorialiste.
Vous pouvez découvrir Jorge Mañes Rubio à Paris jusqu’au 23 mai à la ToolsGalerie, en compagnie des très prometteurs Ionna Vautrin et Guillaume Delvigne.